Mozilla.ai : Mozilla mise sur l’IA hors du web – quel rôle pour Firefox ?
Contexte
La semaine derniere, Mark Surman, president de la Mozilla Foundation, a publie un article expliquant que Mozilla veut « faire pour l’IA ce que nous avons fait pour le web ». Il a egalement presente une nouvelle feuille de route qui, selon lui, accorde autant d’importance a l’IA qu’au web.
Une partie de cette strategie axee sur l’IA se deploie via une startup issue de Mozilla : Mozilla.ai. J’ai evoque cette société avec son directeur general, John Dickerson, la veille de la publication de l’article de Surman. Mon objectif etait de savoir ce que Mozilla.ai fait concrètement dans le domaine du « Web AI », alors que Google et d’autres definissent activement cette categorie. J’en suis ressorti surpris : une grande partie des activites de Mozilla.ai n’est pas centree sur le web.
Une mission « Mozilla-y » appliquee a l’IA
Mozilla.ai existe depuis pres de trois ans, mais John Dickerson est arrive il y a environ neuf mois pour « redefinir la societe ». La transformation qu’il a conduite consiste a faire evoluer Mozilla.ai d’une structure d’R&D appliquee vers une entreprise commerciale, tout en conservant le statut de public benefit corporation. Son objectif affiche est de generer « une source de revenus durable qui puisse soutenir notre mission plus large autour de l’open source AI ».
Comme il l’explique : « Notre mission est tres Mozilla-y. C’est simplement l’idee d’appliquer le manifeste Mozilla a l’IA, plutot qu’aux navigateurs. » Pour Dickerson, cela signifie democratiser l’acces a l’information, promouvoir la propriete de ses donnees et de ses modeles, et favoriser le controle utilisateur.
Une offre principalement open source
La ligne de produits de Mozilla.ai est surtout composee d’outils et de modeles open source. Parmi les exemples recents :
- any-llm v1.0 – une interface unifiee permettant aux developpeurs de se connecter a n’importe quel large language model ;
- Mozilla.ai Agent Platform – une offre SaaS destinee aux entreprises, actuellement en private beta.
La societe adopte egalement des projets open source existants pour promouvoir une IA locale et axee sur la vie privee.
Le web et le navigateur : une place limitee
Interroge sur le role du web dans la strategie de Mozilla.ai, Dickerson a cite quelques initiatives liees au navigateur, comme Wasm-agents, qui permet des agents IA dans le navigateur, et certaines collaborations avec l’equipe de Firefox, notamment la fonctionnalite « shake to summarize ».
Cependant, il a insiste sur le fait que Mozilla regarde au-dela du navigateur : « Il y a 20 ans, 10 ans, le navigateur etait la maniere dont le monde accedait a l’information. Ce n’est plus la seule. Je peux avoir mon propre large language model qui a encode une grande partie de l’information d’internet, et y acceder par ce biais. Pour notre mission de democratiser l’acces et le controle de l’information – vos propres donnees – ce n’est plus seulement une affaire de navigateur. »
Sur des sujets specifiques, Mozilla.ai a adopte le projet llamafile pour promouvoir l’IA locale et respectueuse de la vie privee. En revanche, l’entreprise n’a pas travaille sur WebMCP, la variante web du Model Context Protocol developpee par Google et Microsoft. Elle decrit en revanche mcpd, un projet presentant mcpd comme « un outil pour gerer de maniere declarative des serveurs MCP », et qui fait partie de la base technique de l’Agent Platform.
Le navigateur dans l’ere des agents
Le navigateur semble devenir une interface clef pour les agents : Google intgre des fonctions IA a Chrome, OpenAI a lance un navigateur nomme Atlas, Microsoft propose un « Copilot Mode » dans Edge, et d’autres acteurs testent des parcours similaires. Le navigateur pourrait donc devenir le point central d’acces aux agents.
Historiquement, le navigateur est le coeur de metier de Mozilla. Pourtant, Dickerson estime que la definition du « navigateur » dans l’ere agentique n’est pas encore stabilisee : « Quel que soit le portail par lequel on accede a l’information, celui qui saura maitriser l’interface commencera a posseder cet espace. Franchement, je ne pense pas qu’un navigateur ait encore totalement pris cette place. »
Critiques et consequences
Cette hesitation strategique suscite des questions. Le gestionnaire general de Firefox, Anthony Enzor-DeMeo, a explique au Guardian que « nous deployons doucement des fonctions IA, mais nos utilisateurs ont le choix. Ils peuvent les desactiver. »
Pour l’auteur de l’enquete, cette attitude « on peut desactiver » ne suffit pas a elle seule. Sans une strategie claire integrant Firefox comme un element central de l’ecosysteme IA, Mozilla prend le risque d’etre depasse par des acteurs qui traitent le navigateur comme un produit cle. La fonctionnalite « Shake to Summarize » est bienvenue, mais elle n’apparait pas comme une technologie de rupture a l’echelle d’un navigateur IA.
En filigrane, la critique porte sur un choix strategique : Mozilla doit-elle construire sa presence IA a partir de son competence historique sur le web et les navigateurs, ou prefet-elle viser un marcher plus large d’outils open source et d’infrastructures AI ?
Conclusion
Mozilla.ai effectue un travail notable en open source et sur des outils pour LLM, avec une attention affichee a la vie privee et au controle utilisateur. Mais la decision de ne pas faire du web et de Firefox un axe privilegie de sa strategie IA pose une question legitime : Mozilla ne devrait-elle pas exploiter sa longue experience du web pour occuper la place de l’interface agentique que beaucoup estiment en train d’etre definie ? Le choix aura des consequences sur la capacite de l’organisation a concurrencer Google, OpenAI et d’autres sur le terrain du « Web AI ».




